L’Oréal s’engage pour l’environnement à travers plusieurs actions concrètes : chimie verte, emballages durables, réduction de la consommation d’eau ou encore baisse des émissions de gaz à effet de serre. Mais malgré ces efforts, certaines pratiques posent encore question.

Remplacer la pétrochimie par la chimie verte
Remplacer la pétrochimie par la
L’un des premiers enjeux pour L’Oréal est de remplacer les solvants et les composés aromatiques. Ces substances, largement utilisées dans la chimie cosmétique classique, sont issues de la pétrochimie et sont souvent toxiques et polluantes. Face à ce défi, L’Oréal mise sur les principes de la chimie verte, apparue dans les années 1990, qui promeut l’utilisation de matières premières renouvelables et de procédés plus respectueux de l’environnement.
Dans cette démarche, l’entreprise développe notamment des méthodes alternatives d’extraction des molécules afin d’éviter le recours aux solvants organiques. Par exemple, l’extraction au CO₂ supercritique, utilisée pour capter les composés aromatiques des pétales de rose dans la gamme Lancôme Absolue, est un procédé écologique : il exploite un gaz naturel non toxique, recyclable, et limite l’impact environnemental.
Toujours dans une démarche de chimie verte, L’Oréal développe des alternatives aux procédés traditionnels de fabrication des produits cosmétiques. Par exemple, le proxylane, un actif anti-âge présent dans plusieurs crèmes, est synthétisé à partir de xylose, un sucre d’origine végétale. Ce procédé, plus respectueux de l’environnement, utilise uniquement de l’eau comme solvant, évitant ainsi les solvants nocifs.
Un autre exemple concerne l’isododécane, utilisé dans certains soins capillaires et produits de maquillage. Dans sa version durable, sa production provient alors de résidus de mélasse, un sous-produit de la transformation du sucre de betterave. Cette valorisation de déchets agricoles réduit le recours au pétrole.
Enfin, des ingrédients d’origine naturelle comme l’huile d’avocat ou le beurre de karité permettent de remplacer certaines fonctions assurées traditionnellement par les sulfates et les silicones, en particulier dans les shampoings de la gamme Redken. Ces solutions sont plus durables pour l’environnement.
Repenser les emballages pour limiter l’impact
Repenser les emballages pour limiter l’impact
Un autre défi majeur pour L’Oréal est de réduire l’impact environnemental des packagings, encore largement fabriqués à partir de matières plastiques. L’entreprise s’est fixé pour objectif qu’à l’horizon 2030, 100% de ses emballages plastiques soient issus de plastique recyclé ou biosourcé. En 2024, ce taux atteint 37%, tandis que 49% des emballages sont rechargeables, réutilisables, recyclables ou compostables.
L’Oréal explore également des alternatives au plastique conventionnel, comme une cellulose résistante à l’eau, compostable, ou encore l’usage de PET recyclé par voie enzymatique. Cette méthode innovante permet d’éviter le recours aux solvants et aux hautes températures nécessaires au recyclage mécanique classique.
L’Oréal s’engage pour l’environnement en optimisant la conception de ses emballages. Le groupe utilise pour cela le logiciel Abaqus, développé par Dassault Systèmes. En simulant le comportement mécanique des matériaux, cet outil a permis de réduire le poids des flacons de 22 à 18 grammes, avec pour objectif d’atteindre 14 grammes.
Réduire la consommation d’eau
Réduire la consommation d’eau
La gestion de l’eau est aussi au cœur des préoccupations environnementales de L’Oréal. En 2024, la consommation totale d’eau du groupe s’élevait à 972 374 m³, dont 53 % provenaient de sources recyclées et réutilisées.
Le site de Libramont, en Belgique, constitue un exemple emblématique de cette gestion durable. L’eau potable y est réservée à la consommation humaine et à la production d’eau de haute qualité (utilisée comme matière première), tandis que l’eau utilisée dans les processus industriels (nettoyage, refroidissement, etc.) est recyclée en boucle fermée. Cette organisation a permis de limiter fortement l’utilisation d’eau potable, y compris lors des épisodes de sécheresse de 2020 et du stress hydrique de 2022, qui n’ont eu qu’un faible impact sur la production.
Par ailleurs, L’Oréal investit dans la recherche et le développement de formulations nécessitant moins d’eau au rinçage, tout en proposant des produits « sans rinçage », notamment pour les shampoings et les soins capillaires.
En complément, l’entreprise conçoit des technologies telles que le dispositif Water Saver, destiné aux salons de coiffure, qui permet de réduire jusqu’à 60% la consommation d’eau.
Décarboner les sites et le réseau de partenaires
Décarboner les sites et le réseau de partenaires
L’Oréal s’engage aussi pour l’environnement en réduisant sa consommation d’énergie, en améliorant son bilan carbone et en limitant ses émissions de gaz à effet de serre.
Dans cette optique, L’Oréal agit sur trois leviers majeurs, correspondant aux trois scopes définis par le protocole GES (gaz à effet de serre), une méthode internationale de référence pour mesurer et piloter les émissions de gaz à effet de serre des entreprises.
Concernant les scopes 1 et 2 (émissions directes sur ses sites industriels et administratifs), L’Oréal mise sur les énergies renouvelables, qui représentaient déjà 97% de l’énergie consommée en 2024.
Elle investit notamment dans :
- des panneaux solaires sur son site de Vichy (France), couvrant 33% des besoins énergétiques de l’usine ;
- la biomasse sur le site de Rambouillet (France), qui assure 70% des besoins ;
- la méthanisation sur le site de Libramont (Belgique), qui produit 250% de l’électricité nécessaire, avec un excédent réinjecté dans le réseau.

En ce qui concerne le scope 3 (émissions indirectes liées à la chaîne de valeur), L’Oréal mobilise ses 35 000 entreprises partenaires, notamment à travers le fonds Solstice de 50 millions d’euros pour soutenir leurs projets de décarbonation. De plus, sa division Produits Professionnels accompagne les salons de coiffure dans leur transition écologique via le programme Coiffeurs pour le Futur.

Les zones grise de L’Oréal
Les zones grises de L’Oréal
L’Oréal s’engage pour l’environnement, mais cette démarche reste cependant limité par les contraintes liées à la production cosmétique. En effet, la chimie verte reste en grande partie appliquée aux produits haut de gamme ou aux marques de luxe, comme, par exemple, les gammes à base de rose chez Lancôme. Les produits destinés au grand public, quant à eux, ne bénéficient que très peu de ces avancées. Ainsi, selon le communiqué de presse du 4 mars 2021, 29% des ingrédients utilisés ont été élaborés selon les principes de la chimie verte.
Des produits plus vertueux…mais pas sans PFAS
Les PFAS constituent un défi majeur pour l’entreprise. Pour rappel, ces substances sont des polluants éternels. Ils posent un grave problème sanitaire et environnemental en raison de leur persistance dans les milieux naturels, de leur bioaccumulation et de leurs effets potentiellement toxiques sur la santé humaine. Ils sont souvent utilisées dans des produits cosmétiques longue tenue et résistants à l’eau, comme certains fonds de teint, mascaras waterproof, rouges à lèvres.
Une enquête publiée 2024 par le média en ligne Vert a révélé l’utilisation de PFAS par L’Oréal. En réaction, la marque a modifié la composition de ses produits en retirant ces substances de ses listes d’ingrédients. Une page dédiée sur son site internet affirme désormais que « 100% des formules L’Oréal seront sans PFAS d’ici fin 2024 ».
Des protections solaires…mais pas pour l’environnement?
Les crèmes solaires constituent une autre zone grise pour l’industrie cosmétique. Certains filtres UV, comme l’oxybenzone ou l’octocrylène, sont accusés d’endommager les écosystèmes marins. L’Oréal affirme que ses produits sont formulés pour être respectueux de l’environnement aquatique (notamment la gamme Anthelios de sa marque La Roche-Posay) et collabore avec le centre scientifique de Monaco sur ce sujet. Toutefois, une étude menée par l’entreprise en 2019 a été contestée par des chercheurs indépendants, qui soulignent des conflits d’intérêts et l’absence de consensus scientifique.
Si L’Oréal s’engage pour l’environnement, l’entreprise suscite des interrogations quant à la cohérence de certaines de ses pratiques en matière de communication et de marketing. En avril 2025, L’Oréal a déclenché des critiques en envoyant des blocs de glace contenant des produits de sa gamme antirides Revitalift à une trentaine d’influenceurs en région parisienne. Cette opération visait à créer un effet spectaculaire sur les réseaux sociaux, les destinataires étant invités à briser la glace pour découvrir les produits (lien vers la vidéo).
Préserver la biodiversité, une nécessité stratégique pour L’Oréal
Préserver la biodiversité, une nécessité stratégique pour L’Oréal
Face à l’urgence climatique et à une demande croissante des consommateurs pour des produits plus durables, L’Oréal s’engage pour l’environnement à travers une multitude d’initiatives. Ces efforts ne relèvent pas seulement d’un engagement éthique, mais aussi d’un impératif stratégique : 54% des matières premières utilisées par le groupe sont d’origine naturelle, un capital biologique que l’entreprise doit protéger pour garantir la pérennité de son activité.
En 2024, L’Oréal a utilisé 306 477 tonnes de matières premières selon son Document d’enregistrement universel, soulignant l’ampleur de ses besoins. Pour répondre à ces enjeux, le groupe s’est engagé à ce que 95% de ses matières premières proviennent d’ici 2030 de sources renouvelables issues de la biotechnologie, du recyclage ou de l’économie circulaire. Fin 2023, 65% de ces objectifs étaient déjà atteints.
Sources
Sources
ANSES (2024, 4 avril). PFAS : des substances chimiques très persistantes. https://www.anses.fr/fr/content/pfas-substances-chimiques-persistantes
BPI France (2024, 9 janvier). Chimie verte : définition, principes, exemples d’entreprise. https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-dossiers/chimie-verte-definition-principes-exemples-dentreprise
Hieronimus, N. (2024, 16 décembre). La lettre de l’expansion (p. 7) [Europresse].
Coignard, H. (2024, 22 octobre). PFAS dans les cosmétiques : les réactions des industriels après nos révélations. VERT. https://vert.eco/articles/pfas-dans-les-cosmetiques-les-reactions-des-industriels-apres-nos-revelations
Coignard, H. (2024, 7 octobre). L’Oréal, Lancôme, Kiko… ces marques qui utilisent des «polluants éternels» dans leurs cosmétiques. VERT. https://vert.eco/articles/loreal-lancome-kiko-ces-marques-qui-utilisent-des-polluants-eternels-dans-leurs-cosmetiques
Lancôme (2023). Rapport d’avancement développement durable 2023. https://www.lancome.fr/on/demandware.static/-/Sites-lancome-fr-v2-Library/fr_FR/v92e712565cab632804227812a1bf419c29dc10ad/files/LANCOME_Rapport2023_FR.pdf
Le coup de com glacé de L’Oréal (2025, 25 avril). L’Humanité (p. 5) [Europresse].
Lescuyer, T. (2020, 15 février). Corail et crèmes solaires : L’Oréal filtre le débat. La Tribune (p. 111) [Europresse].
Le Theuf, M. (2024, 5 octobre). L’Oréal ouvre les portes de son pack lab. CosmetiqueMag (p. 12-13) [Europresse].
L’Oréal (2024). Document d’enregistrement universel 2024. https://www.loreal-finance.com/system/files/2025-03/Document_denregistrement_universel_2024_LOREAL.pdf
L’Oréal. Est-ce que les filtres UV dans les cosmétiques ont un effet sur les coraux ? https://www.loreal.com/fr/news/research-innovation/estceque-les-filtres-uv-dans-les-cosmetiques-ont-un-effet-sur-les-coraux
L’Oréal. La chimie verte, l’avenir de la beauté. https://www.loreal.com/fr/articles/research-innovation/la-chimie-verte-l-avenir-de-la-beaute/
L’Oréal. Solarisation de l’usine de Vichy. https://www.loreal.com/fr/france/articles/commitments/lusine-loreal-de-vichy-met-en-service-son-projet-de-solarisation/
L’Oréal innove pour le développement durable (2022, 3 février). L’Usine nouvelle [Europresse].
L’Oréal à libramont – Une usine du futur très nature (2024, 25 septembre). L’Avenir (p. 17) [Europresse].
L’Oréal Libramont : l’usine qui ne perd pas une seule goutte d’eau. (2024, 20 août). Le journal des fluides (p. 16-18) [Europresse].
Roussel, J. (2024, 25 septembre). A Rambouillet, l’usine DOP, vitrine des ambitions environnementales de L’Oréal. Les Echos [Europresse].
Sorbonne Université. (2019, 21 janvier). Les coraux menacés par nos crèmes solaires. https://www.sorbonne-universite.fr/actualites/les-coraux-menaces-par-nos-cremes-solaires?
Tech, IA et durabilité s’invitent à VivaTech 2024 : voici les avancées impressionnantes en BeautyTech de L’Oréal (2024, 23 mai). Sciences et Vie [Europresse].
Tchounand, R. (2025, 15 mars). Au Maroc, L’Oréal à fond dans sa stratégie de beauté responsable. La Tribune (p. 82) [Europresse].
